L’équipe du Département Patrimoines culturels vient de publier en partenariat avec l’Université de Sao Paulo:
Anais do I Seminário Live Modern Heritage, São Paulo, Faculdade de Arquitetura e Urbanismo da Universidade de São Paulo (FAAUSP), 2017, 188 p.
ISBN 978-85-8089-108-9
Textes en français et portugais

Dans le cadre d’un partenariat financé par la région Auvergne Rhône-Alpes (Coopera Live Modern Heritage) ente l’UJM, l’USP, l’ENTPE et l’ENSAG, plusieurs questions communes aux réalités françaises et brésiliennes soulevées avec engouement, lors des séances de discussions, par les élèves, montrent combien ce type d’approche comparée peut être fructueux du point de vue pédagogique.
Le Département Patrimoines culturels de l’UJM-Saint-Étienne installé dans l’ancienne école de l’Unité d’Habitation de Le Corbusier à Firminy, permet aux étudiants de se confronter au jour le jour aux questions les plus sensibles du patrimoine culturel et aux défis qu’il impose pour son utilisation du point de vue des politiques publiques. Ce projet architectural, couronnement de toute une approche urbaine de la ville de Firminy sous l’empreinte du Modernisme, fût initié en 1957 avec un plan d’urbanisme Firminy-Vert, 1.070 logements, par un Maire, aussi Ministre de la Reconstruction Nationale, Claudius-Petit. Ce dernier va demander au Corbusier d’y construire une de ses trois Unités. Commencé en 1968, la construction d’une seule des trois barres fut lancée après le décès de l’architecte, et constitue jusqu’à aujourd’hui, l’un des symboles du mouvement moderne en France. Avec l’église Saint Pierre, la Maison de la Culture, le stade et la piscine (construite par son disciple Wogenski), Firminy est d’ailleurs le plus important site de Le Corbusier d’Europe.
Or, en cette même année de 1967, voyait aussi le jour, à Guarulhos, l’une des villes de la Région Métropolitaine de São Paulo, au Brésil, l’ensemble Zezinho Magalhães (8.700 logements), de J.B. Vilanova Artigas et P. Mendes da Rocha, architectes emblématiques du Modernisme au Brésil. Séparés par des milliers de kilomètres, deux projets importants de ce mouvement architectural et urbanistique, naissaient.
Si dans les deux pays, à la fin de l’âge d’or du Modernisme, le logement social restait toujours un besoin vital, contextes économiques, politiques, sociaux et impacts étaient évidemment différents. Quel avenir pour l’Unité d’Habitation (UH), qui allait célébrer en 2015 la pose de la première pierre et pour Firminy-Vert, projet d’urbanisme global destiné à faire de « Firminy la noire », une ville moderne ? Dans le même sens, que devenait un ensemble emblématique du modernisme au Brésil aujourd’hui immergé au sein d’une métropole de près de 20 millions d’habitants ?
Live Modern Heritage, ou « que faire » de et « comment faire avec » l’héritage du Modernisme au XXIe siècle, met en commun à la fois une solide réflexion tenant compte du contexte des deux pays, et les recherches de plusieurs institutions d’enseignement supérieur. Une série d’accords-cadres avec le Brésil permet d’amplifier la portée du projet : entre l’Université de Lyon et celle de São Paulo en 2013, suivie en 2014 d’une convention académique internationale entre les deux universités, et celui de 2012 entre l’Université Jean Monnet et l’Université Fédérale de Santa Catarina. Le partenariat entre l’Université de São Paulo et celle de l’Université d’État de Londrina enrichit l’équipe brésilienne. En France, dans le cadre de la COMUE de l’Université de Lyon, l’accord de coopération ENSAG et ENTPE et la co-accréditation en cours d’un master conjoint UJM-ENTPE donnent aussi de l’étoffe au projet.
Dans les deux pays, les problématiques scientifiques induites par la rénovation et la préservation du parc immobilier existant sont liées aux contraintes énergétiques et climatiques, au développement de nouveaux modèles énergétiques, à l’optimisation des équipements, à la maîtrise des ambiances intérieures, à la prise en compte du comportement des occupants. Les problématiques de conservation, réhabilitation, renouvellement, la nécessaire adaptation de ce patrimoine aux enjeux d’aujourd’hui (normes, accessibilité, développement durable) soulèvent des questions nouvelles pour les acteurs institutionnels ou privés d’aujourd’hui (ou demain) confrontés à ces questions (maîtres d’ouvrages, responsables de la protection patrimoniale, maîtres d’œuvres, architectes, économistes, ingénieurs, entreprises du BTP, fabricants, et bureaux de contrôle). La nécessité d’adopter une démarche globale lors de l’étude de ces bâtiments, implique le recours à de nouveaux paradigmes et à des approches systémiques, interdisciplinaires, intersectorielle et multi-échelles, au niveau des systèmes constructifs, de l’occupant et du bâtiment, du quartier et de la ville. L’étude comparée proposée voulait apporter des informations non seulement techniques et architectoniques mais aussi une réflexion approfondie sur le rôle global du mouvement moderniste en France et au Brésil. Ces deux ensembles continentaux (Firminy-Vert et Zezinho Magalhães) étant la mémoire et les témoins du modernisme en France et au Brésil, les politiques spécifiques appliquées, avec plus ou moins de succès, pouvaient être analysées aussi comparativement.
Tout cela permet de comprendre le sens et les effets de la préservation de ce patrimoine bâti et d’envisager à l’avenir par les leçons tirées, les formes d’adaptabilité de ce type d’héritage pour l’habitat et le vivre ensemble. Les questionnements conjoints entre la France et le Brésil s’articulent autour des impacts à court et long terme des projets sur la société dans le cadre du Modernisme sur : leur rôle au moment de leur construction, l’impact social, industriel et politique à l’époque ; leur état aujourd’hui, leurs utilisation et usages ; les politiques pour leur conservation / réhabilitation et les enjeux d’une course (sélective) à un classement international de type UNESCO ; l’assimilation des projets, mais aussi de la proposition du modernisme auprès de la société et des utilisateurs ; la contribution apportée pour les politiques de logement qui suivirent ; l’héritage (ou non) de ces modèles dans les politiques de logement actuelles, dans les deux pays. Aussi bien en France qu’au Brésil, des recherches avaient déjà été faites ou étaient en cours sur ces deux ensembles. Citons notamment sur Firminy, celles de Robert Belot sur les questions de la politique urbanistique de Claudius-Petit ou encore les travaux de l’équipe du Département Patrimoines culturels de l’Université de Saint-Étienne (sur la réhabilitation de l’Unité d’Habitation et la réaffectation de l’École), et sur Zezinho Magalhães, de Leandro Medrano, Guilherme Petrella ou encore Diego Beja. Réunir ces auteurs lors d’une rencontre spécifique, ouvrait la possibilité de lancer des réflexions sous-jacentes sur des thématiques actuelles formant de vrais enjeux sociétaux.
C’est le résultat du premier volet « brésilien » de ces très riches rencontres que cette publication vous propose de découvrir.